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fum du début du siècle. À la Casa Silva, il assistera à l’entraînement de polo des
fils de Mario Pablo Silva sur le beau terrain bordé par la nappe des plants de
cabernet. À Santa Rita, il traversera le parc chateaubrianesque de l’ancienne
demeure des propriétaires. À Neyen, peut-être aura-t-il la chance d’apercevoir
la demeure coloniale de Raul Rojas, enfouie dans un jardin luxuriant, ou de
croiser un cavalier solitaire vêtu de son hueso dans l’un des patios de la vieille
bodega de Julio Bouchon dans la vallée de Maule. Les vins estivaux qu’on
déguste aujourd’hui dans les bodegas chiliennes sont souvent d’assemblage.
Les producteurs fièrement campés sur leurs terroirs n’étaient pas autrefois
coutumiers de mêler leurs raisins. Il fallut que les œnologues d’Europe s’impatronisassent
au moment du boom. On commença à marier les cépages qui
avaient été importés de France au milieu du XIX e afin d’échapper aux mandibules
phylloxériques. Ce furent les épousailles du sérieux cabernet, du syrah
fruité, du puissant merlot et du carmenère – ce grain qui semble restituer les
parfums boisés des coques de bateau dans lesquelles il fut convoyé. Symbole de
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la réussite de ce mélange : l’Escudo Rojo, convoquant à lui seul les ressources vinicoles
des vallées de Colchagua, de Casablanca et de la région de Santiago et assemblé
dans une bodega sise sur les rives du fleuve Maipo.Nous reprenons le fil de la
Panaméricaine, passons les frontières australes de l’Éden viticole et gagnons les
portes de la Patagonie. À Pucon, à la manière des Grecs qui escaladaient les montagnes
pour y faire leurs libations, nous grimpons sur le volcan de Villarrica. Sur la
lèvre du cratère, surplombant la lave, nous vidons une bouteille, tentant, à
2 900 mètres d’altitude, d’en détecter les cépages. Mais pour goûter un vin, mieux
vaut se conformer à la sagesse de Jacques Begarie, l’œnologue qui veille sur les
destinées du Clos Apalta : « Aimer le vin n’est pas affaire de proportion. Est-ce
qu’il faut savoir la part de jaune et la part de rouge utilisées par Van Gogh, pour
s’extasier devant ses Tournesols ?»Les vins chiliens ressemblent aux Tournesols
: longtemps ignorés, soudain célébrés, gorgés de soleil et chatoyant dans les
cœurs longtemps après qu’on les a aimés.
Sylvain TESSON
MARDI 23 OCTOBRE 2007 62
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