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Photos. J.M Del Moral, Stefano Scatta
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GUIDE
GOÛTER I T A L I E
Le bonheur
s’est arrêté à l’Andana
Le palais d’été des ducs de Toscane, aux confins des marais et de la
Méditerranée, est un voyage dans la chair même de la Maremme.
CONNAISSEZ-VOUS la Maremme ? Les langueurs
déjà marines des Saintes-Maries
alliées à la beauté bleutée des lointains de
Botticelli. Un fouillis de pinèdes, de
maquis, d’étangs peuplés d’échassiers, et
des clairières où pâturent taureaux et chevaux. Un
festin étrange de mesure florentine et de sauvagerie,
un bout du monde où la Toscane consume ses dernières
grâces aux rivages ligures. Ainsi va la Maremme.
Oubliée des circuits de charme pour vieil Anglais
en goguette ou Américain aussi hors d’âge que les
bons brandys et rêvant de dolce vita. Hautaine et
désirable. Elle sait bien, cette insoumise, que la distance
donne des ailes au désir. On ne peut donc espérer
atteindre son cœur autrement que par effraction,
en suivant les cols cachés, les passages secrets, en
s’immisçant le long des failles du paysage – comme
cette allée de cyprès qui trace une ligne droite parmi
les champs aux couleurs de pain brûlé. Au bout du
chemin se dresse l’Andana –, c’est aussi le nom d’une
fabuleuse auberge, ancien domaine de chasse des
grands-ducs de Toscane noyée de solitude, de vigne,
d’oliviers. Vous l’avez compris, on n’arrive pas ici à la
grâce d’une bifurcation d’autoroute ou d’une erreur
de voie rapide. L’endroit se désire, se rêve, se mérite.
Mais au bout de l’andana, il yalebonheur, une terrasse
envahie de parfums, des chambres à l’élégance sobre et
surtout l’une des meilleures tables d’Italie qui n’en est
pourtant guère avare. Christophe Martin, chef formé à la
rugueuse école d’un trois-étoiles, a mis des mois à percer
les marais alentours, à approcher ses paysans, ses
pêcheurs, à connaître ses saulniers et ses simples. Car la
carte ne promet rien sinon un voyage dans les arcanes de
cette contrée incertaine, flottant entre terre et mer : le
petit poulpe de roche offre sa blancheur laiteuse au rustique
pot-au-feu, la sardine s’acoquine avec un lard très
paysan et le cabillaud s’abandonne au moelleux d’un lit
de cèpes. Et lorsqu’on quitte les ogives de pierres blondes
de l’ancienne écurie devenue auberge, pour marcher,
entre cyprès et oliviers jusqu’aux chambres de la
gentilhommière, le silence alentour se fait de cathédrale
et, sous la nef fabuleuse du ciel toscan, le parfum des
marées se marie à celui de la vigne.
C. L.
Tenuta la Badiola, Castiglione della Pescaia, Grosseto.
À partir de 400 euros la chambre double.
Résa : www.andana.it/fr
MARDI 23 OCTOBRE 2007 50
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