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Photos Bruno Morandi/PixOclock, Bruno Morandi/Hoa-Qui
APPRENDRE
GUIDE
À la rencontre des trésors de l’humanité
Angkor, la vie éternelle
La forêt de pierres, classée au patrimoine de l’humanité
est aussi un lieu de pèlerinage et de ferveur khmère.
ONA QUITTÉ Siem Reap avant l’aube et filé vers la forêt
pour ne pas rater l’heure orangée : l’air est déjà tiède,
la brume se lève sur les marais, et le soleil éclaire
peu à peu les tours majestueuses d’Angkor Vat.
L’émotion nous étreint comme elle a dû étreindre le naturaliste
Henri Mouhot en 1861, face à cette cité millénaire. De ce
passé magnifique subsistent près de trois cents temples, érigés
entre le IX e et le XV e siècle par des rois hindous et bouddhistes
mégalomanes. Un site archéologique de plus de 400
km ², qui fait depuis plus d’un siècle l’objet d’un énorme travail
de recherches et de restauration réalisé par l’École française
d’Extrême-Orient (Efeo). Nombreux sont ces sanctuaires
des dieux encore endormis dans leur linceul végétal.
Comme des dizaines de milliers de touristes avant nous, on
joue à l’explorateur des siècles passés dans le dédale des
blocs de pierre du temple de Ta Prohm (« l’ancêtre Brahma
») abandonné à la végétation. Les racines de ficus et de
fromagers géants ont enserré la pierre, l’ont fait éclater avant
de faire corps avec elle.
Mais cette forêt de pierre n’est pas un musée : plus de vingt
mille personnes vivent et travaillent au cœur du parc national.
Après la folie des Khmers rouges et les années commu-
nistes, Angkor est redevenu un lieu de pèlerinage : des moines
parcourent les temples, des bonzesses vous tendent des
bâtons d’encens devant des bouddhas enguirlandés de
fleurs odorantes. Une ferveur mystique que ne vient pas
troubler le ballet sensuel des Apsaras, ces danseuses célestes
aux seins lourds comme leurs bracelets de chevilles, sculpté
sur la pierre.
À Angkor, le crépuscule se ferme aussi vite qu’une fleur de
lotus. À la tombée du jour, quand les nâgas géants (serpents
de pierre aux sept têtes) et les garudas (êtres mi-homme, mioiseau)
jettent une ombre oppressante sur Preah Khan
étouffé par les gommiers, on quitte les temples aux mille
visages avec une sourde inquiétude : classé au patrimoine de
l’humanité par l’Unesco en 1992, Angkor, qui a survécu à la
rapacité des pilleurs et à l’érosion du temps, survivra-t-il au
tourisme ? 400 000 visiteurs en 2002, un million prévu en
2010… Il est urgent de visiter le royaume du Cambodge.
Jeanne MARTIN
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MARDI 23 OCTOBRE 2007 22
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